À Muyinga, renforcer les compétences, c’est sauver deux vies à la fois

Au Burundi, chaque accouchement compliqué est une urgence où chaque minute compte. À l’hôpital de Muyinga, les équipes font face à ces situations au quotidien. Grâce à l’appui de Médecins Sans Vacances, leurs capacités sont consolidées sur le terrain : une approche qui ne remplace pas, mais qui renforce durablement les pratiques existantes. Résultat : une prise en charge plus sûre, et davantage de mères et de nouveau-nés qui survivent aux urgences obstétricales.

Le silence qui précède l’urgence

Dans la maternité de Muyinga, le calme ne dure jamais longtemps.

Une sage-femme surveille le rythme cardiaque d’un bébé. Dans le couloir, une famille attend, le regard fixé sur la porte du bloc opératoire. Quelques instants plus tard, tout s’accélère. Une prééclampsie. Une hémorragie. Une césarienne qui ne peut plus attendre.

Dans ces moments suspendus, il n’existe ni seconde tentative, ni droit à l’erreur. Chaque décision, chaque geste et chaque minute peuvent changer le destin d’une mère… et de son enfant. Au Burundi, comme dans de nombreux pays, les complications obstétricales demeurent l’une des principales causes de mortalité maternelle et néonatale. Pourtant, une grande partie de ces décès pourrait être évitée grâce à des soins rapides, coordonnés et de qualité. C’est précisément là que tout commence.

La réponse ne tient pas dans une valise

Lorsque les 4 experts-volontaires de Médecins Sans Vacances – arrivent à Muyinga, ils n’apportent pas de technologie révolutionnaire ni de solutions toutes faites. Ils et elles collaborent et s’adaptent en prenant compte du contexte locale. Leur ressource la plus précieuse est invisible : leur expérience.

Pendant deux semaines, du 24 mai au 6 juin 2026, le gynécologue-obstétricien Dr Athanase Ndayikenguruki, le technicien anesthésiste Dynos Mugisha, l’infirmière de bloc opératoire Monique Van Milaan et la sage-femme Barbara Standaert travaillent côte à côte avec les équipes locales. Ils observent. Ils écoutent. Ils accompagnent. Ils questionnent. Ils montrent. Puis ils laissent leurs collègues réaliser eux-mêmes les gestes, jusqu’à ce qu’ils deviennent naturels. Car la mission n’est pas de remplacer les équipes burundaises. Elle consiste à leur transmettre les connaissances qui continueront de sauver des vies longtemps après le départ des volontaires.

Apprendre au cœur de l’action

À Muyinga, la salle de formation est partout. Au bloc opératoire, chaque césarienne devient un exercice grandeur nature. En salle d’accouchement, chaque échographie est l’occasion d’affiner un diagnostic. À la maternité, chaque nouveau-né qui peine à respirer rappelle combien la réanimation néonatale doit être maîtrisée. 21 professionnels de santé – dont 14 femmes et 7 hommes – médecins, sage-femmes, infirmiers et techniciens anesthésistes – renforcent leurs compétences directement auprès des patientes. Les formations abordent les gestes qui font souvent la différence entre la vie et la mort : prise en charge des hémorragies, prééclampsie, éclampsie, sécurité anesthésique, prévention des infections, stérilisation, surveillance post-opératoire et coordination entre les différents métiers de l’hôpital.

Quand la confiance remplace l’hésitation

Les effets apparaissent rapidement. Les équipes réalisent davantage d’échographies obstétricales, prennent en charge plus d’une vingtaine de césariennes complexes, améliorent la gestion des urgences et renforcent les pratiques de réanimation des nouveau-nés. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Le véritable changement se lit dans les regards des professionnels. Les échanges deviennent plus fluides. Les décisions sont mieux coordonnées. Les gestes gagnent en précision. Chacun trouve progressivement sa place au sein d’une équipe où la communication devient aussi importante que la technique. L’évaluation de la mission confirme cette évolution : les compétences progressent de manière significative grâce à une approche basée sur le mentorat, la pratique quotidienne et l’apprentissage au plus près des patients.

Transformer un hôpital, un détail après l’autre

Le renforcement des compétences ne suffit pas à lui seul. La mission permet aussi d’identifier les améliorations nécessaires : mieux équiper les services, systématiser les check-lists de sécurité chirurgicale, renforcer les pratiques de stérilisation, améliorer la surveillance post-opératoire et faciliter la communication entre les équipes. Ces recommandations ne sont pas des constats d’échec. Elles dessinent la feuille de route d’un hôpital qui poursuit son amélioration continue, étape après étape.

L’impact continue lorsque les volontaires repartent

Le dernier jour de mission, les valises se referment. Mais l’essentiel reste. Les connaissances acquises circulent désormais dans les couloirs de l’hôpital. Les protocoles deviennent des réflexes. Les gestes appris sont reproduits, transmis aux nouveaux collègues et intégrés dans la pratique quotidienne. Chaque professionnel formé pourra accompagner des centaines de femmes au cours des prochaines années. Chaque compétence acquise renforcera la sécurité des accouchements. Chaque décision prise avec davantage d’assurance augmentera les chances qu’une mère serre son nouveau-né dans ses bras quelques heures plus tard.

C’est toute la philosophie de Médecins Sans Vacances : investir dans les femmes et les hommes qui font vivre les systèmes de santé, afin que l’impact d’une mission ne se mesure pas en jours passés sur le terrain, mais en milliers de vies qui continueront d’être protégées au fil des années. À Muyinga, les experts volontaires sont repartis. Leur savoir, lui, est resté. Et avec lui, l’espoir d’un avenir où chaque naissance sera un peu plus sûre.

 

Avec la participation de l’hôpital de Muyinga comme site de formation

Texte : ML Ndayishimiye et Alexandra Guillot
Date de publication : 28.07.2026

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