La jeune fille qui attendait

Pendant des mois, Nzola, 19 ans, a attendu dans l’hôpital de Popokabaka, en RDC, de pouvoir être soignée pour une grave fistule obstétricale survenue après un accouchement traumatique. Ce qui semblait d’abord être une situation sans issue a finalement pris un tournant positif grâce à la collaboration entre les soignant·es locaux·ales et les expert·es-volontaires de Médecins Sans Vacances. L’histoire de Nzola montre comment la formation, l’expertise et la solidarité peuvent transformer des vies.

Raconté par Inge Vrancken, infirmière post-opératoire et experte-volontaire de Médecins Sans Vacances.

« Le premier jour de la mission de Médecins Sans Vacances à Popokabaka, nous faisons la tournée des salles. Parmi les patientes qui nous attendent, je remarque une jeune fille de dix-neuf ans. Elle s’appelle Nzola. À ses côtés, inséparable, sa maman.

Elles sont là depuis octobre 2025. Des mois d’attente, avec un seul espoir : que la mission de Médecins Sans Vacances change sa vie. »

« Ce que Nzola avait vécu est difficile à décrire. Une grossesse non désirée. Un accouchement beaucoup trop long dans un centre de santé à peine équipé, sans l’aide adéquate. Ce n’est que tardivement qu’elle a été transférée vers l’hôpital de Popokabaka. Son bébé est né sans vie. Et elle-même a développé une fistule obstétricale. »

Une fistule obstétricale est une ouverture anormale entre la vessie et le vagin, causée par la pression extrême d’un accouchement prolongé. Cette affection entraîne des pertes urinaires constantes et incontrôlables, jour et nuit. En RDC, on estime que 42.000 femmes en souffrent, et des milliers de nouveaux cas apparaissent chaque année. Beaucoup sont rejetées par leur famille ou leur communauté, humiliées et isolées. Les conséquences ne sont pas seulement physiques, elles sont aussi sociales et psychologiques, souvent très lourdes.

En plus de cela, le papa de Nzola était décédé et le père de son enfant n’était plus présent. Pendant ce temps, son frère aîné s’occupait des plus jeunes enfants à la maison. Seule la mère de Nzola est restée continuellement à ses côtés. Et Nzola ? Elle attendait de l’aide. Une chance. »

Cette chance a d’abord semblé lui échapper. Lors de la consultation, le Dr Angel, notre gynécologue, a examiné la fistule, qui s’est révélée particulièrement grande et complexe. En tant que gynécologue généraliste, sans expérience spécialisée dans ce type d’intervention, le Dr Angel a pris une décision difficile mais honnête : il n’opérerait pas. “Si je le fais et que cela échoue”, a-t-il dit, “cela ne pourra plus jamais être réparé.” J’ai vu la déception sur son visage. Pour elle, c’était comme si toutes les portes se refermaient une nouvelle fois. »

Infirmière post-op Inge, anesthésiste Marie-Noël et sage-femme Anne-Mie.

Gynécologue Angel et anesthésiste Marie-Noël

« Mais nous ne voulions pas la laisser repartir ainsi. Nous avons échangé, cherché des solutions. Marie-Noël, l’anesthésiste africaine qui participait à la mission, a immédiatement réfléchi avec nous. C’est elle qui nous a mis en contact avec la Dr. Dolores Nembunzu, gynécologue à l’hôpital Saint-Joseph de Kinshasa et fondatrice de la clinique spécialisée dans les fistules. À ce moment-là, elle était elle-même en mission avec Médecins Sans Vacances à Gombe-Matadi. Pourtant, elle a réagi sans hésiter : Nzola pouvait venir à Kinshasa. L’opération serait réalisée gratuitement. »

La Dr. Dolores Nembunzu est entrée pour la première fois en contact avec des expert-volontaires belges de MSV en 2003. Elle a appris à pratiquer des opérations de fistules aux côtés de chirurgiens expérimentés et a ainsi développé une expertise aujourd’hui précieuse en RDC. Avec le soutien de MSV, elle a fondé en 2007 la clinique des fistules de l’hôpital Saint-Joseph à Kinshasa. Aujourd’hui, elle est devenue une référence au Congo et au-delà, où on la surnomme la maman des fistuleuses. En parallèle, elle transmet à son tour ses connaissances à d’autres médecins. En tant qu’experte-volontaire locale, elle part désormais elle-même en mission dans des hôpitaux comme ceux de Gombe-Matadi et de Popokabaka afin de former les équipes médicales sur place.

« Regardez la photo. C’est Nzola au moment où elle apprend qu’elle va enfin être soignée. Je n’oublierai pas ce sourire. Après des mois d’incertitude, elle retrouvait enfin une perspective. »

La semaine dernière, Nzola a été opérée avec succès à Kinshasa. Une médecin congolaise, autrefois formée par des experts-volontaires de MSV, aide aujourd’hui à son tour des femmes comme elle. Ainsi, les connaissances se transmettent pas à pas, afin que des femmes comme Nzola puissent à nouveau envisager l’avenir. Grâce à ton soutien, les experts-volontaires de MSV peuvent continuer à former les soignant·es locaux·ales et rendre les soins spécialisés accessibles à des femmes qui, autrement, n’y auraient pas accès. »

Aidez nos collègues africains à rendre accessibles les soins médicaux nécessaires.