Une mission d’urgence pour la santé mentale au Burundi

Burundi : trois experts-volontaires de Médecins Sans Vacances — Gloria Ingabire, psychologue du Burundi, Véronique Coppin, infirmière psychiatrique de Belgique et Dr Serge Munane, psychiatre du Bukavu, RDC Est – ont mené une mission pour contribuer à renforcer les soins en santé mentale, en améliorant la gestion des urgences psychiatriques, en réorganisant les services et en favorisant la collaboration entre professionnels. Leur action a permis des changements durables grâce à des échanges constructifs avec leurs collègues sur place.

Un contexte marqué par les traumatismes et la pauvreté

Le Burundi, pays confronté à de nombreuses crises sociopolitiques, fait face à une augmentation significative des troubles mentaux dans sa population. Ces traumatismes cumulés, associés à une pauvreté persistante, au fléau croissant de la consommation d’alcool et de drogues et à des situations sanitaires comme le Mpox, ont fortement sollicité les services d’urgence en santé mentale.

Des équipes débordées, mais mobilisées

Dans des centres tels que ceux de Ngozi, Gitega ou au CNPK (Centre Neuropsychiatrique de Kamenge), les urgences psychiatriques sont souvent débordées.. Les équipes médicales – composées de médecins, psychiatres, psychologues, infirmiers et assistants sociaux – tentent de répondre à cette demande croissante avec une approche holistique.

Une mission pour renforcer les compétences

Trois experts-volontaires de Médecins Sans Vacances (MSV) – Gloria Ingabire, psychologue du Burundi, Véronique Coppin, infirmière psychiatrique de Belgique et Dr Serge Munane, psychiatre du Bukavu, RDC Est – ont récemment mené une mission pour renforcer les capacités locales. Leur objectif : améliorer la prise en charge des urgences psychiatriques, réorganiser les services et promouvoir une meilleure coordination entre les différents professionnels de la santé mentale. Mais aussi échanger mutuellement avec leurs collègues pour trouver des solutions. L’impact de cette mission est tel que chaque ajustement sera durable.

Observations et réorganisation sur le terrain

À Ngozi, l’équipe a constaté un manque de lits, une surcharge de patients et une faible surveillance.

Véronique Coppin :

Ensemble avec les équipes locales, nous avons réorganisé le circuit des malades, séparé les patients agités des patients stabilisés, et favorisé les sorties pour libérer de l’espace.

Des ajustements similaires ont été entrepris à Gitega, où le besoin en personnel qualifié reste un défi face aux urgences.

Une collaboration interdisciplinaire dynamique

Dr. Serge Munane :

Bien que l’on ne se connaissait pas tous avant la mission, une cohésion rapide s’est installée grâce à un briefing initial et une volonté partagée d’agir efficacement.

Chaque professionnel a apporté ses compétences spécifiques, favorisant une complémentarité essentielle dans le traitement des patients.

La santé mentale, encore stigmatisée

Gloria Ingabire :

La perception des troubles mentaux au Burundi reste encore très empreinte de croyances traditionnelles : possession, sorcellerie ou malédictions.

De nombreux patients arrivent en centre après avoir consulté des tradipraticiens ou des guérisseurs, ce qui retarde le traitement médical approprié.

 

Un accompagnement au-delà du centre

La prise en charge ne s’arrête pas à l’hospitalisation. Un suivi psychothérapeutique est mis en place pour les patients et leurs familles, afin de renforcer la continuité des soins. L’implication de l’entourage est cruciale pour une réinsertion réussie du patient dans la communauté.

Un enrichissement mutuel humain et professionnel

Les experts-volontaires soulignent combien cette mission a été enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. Ils ont appris les uns des autres, partagé des stratégies thérapeutiques et développé un profond respect mutuel. L’expérience des équipes locales, souvent confrontées à des situations complexes avec peu de moyens, est une leçon d’engagement et de résilience. C’est un réel apprentissage mutuel. Que ce soit celui de l’équipe de la mission mais aussi entre eux et les équipes des centres.

Une cause trop souvent oubliée

Enfin, nos trois experts-volontaires s’accordent à dire que la santé mentale reste un domaine négligé dans les priorités de santé publique. Pourtant, les besoins sont immenses. Le soutien d’organisations comme MSV est vital pour continuer à répondre à cette urgence silencieuse. On ne soulignera jamais assez qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale.

Un entretien au cœur de leur mission

Les trois experts-volontaires de Médecins Sans Vacances (MSV) — Gloria Ingabire, psychologue, Véronique Coppin, infirmière psychiatrique et Dr Serge Munane, psychiatre ont pris un peu de temps lors de leur mission pour échanger sur le contexte et leur façon de coopérer.

 

Date de publication : 29.05.2025
Alexandra Guillot

 

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