Dr Denis Porignon : une vision de terrain et de solidarité pour le nouveau Président de Médecins Sans Vacances

C’est avec enthousiasme que Médecins Sans Vacances accueille le Dr Denis Porignon comme nouveau Président. Médecin de terrain et expert en santé publique, il possède plus de quarante ans d’expérience en Afrique, notamment au Rwanda et en République démocratique du Congo, où il a combiné soins cliniques et renforcement des systèmes de santé. Fort de son parcours à l’OMS et de son engagement auprès des populations locales, il apporte à l’organisation une vision stratégique fondée sur la solidarité, le développement durable des hôpitaux et l’inclusion des acteurs locaux, plaçant Médecins Sans Vacances dans une dynamique de long terme pour un accès universel aux soins.

Du bloc opératoire aux politiques de santé : découvrez le parcours d’un médecin engagé

Héritage familial et première vocation

« Mon père a été médecin généraliste pendant 52 ans », raconte le Dr Denis Porignon. Une enfance baignée par la médecine a naturellement orienté ses choix. Dès ses études, il s’intéresse à la santé dans les pays du Sud. En 1983, encore étudiant, il se rend au Rwanda pour aider à développer un centre de santé à Kabona, une expérience qui lui ouvre les yeux sur le lien entre santé et transformations sociales.

Premiers pas en Afrique

À la fin de ses études, il effectue un stage de quatre mois au Rwanda, couvrant la pédiatrie, la gynécologie-obstétrique et la chirurgie. « Je voulais vraiment travailler dans les pays du Sud », explique-t-il. Après son diplôme, il y retourne pour approfondir son expérience clinique tout en développant un intérêt croissant pour la santé publique.

La rencontre avec la santé publique

De retour en Belgique, il poursuit un master en médecine tropicale à l’ITG d’Anvers (1986-1987), puis rejoint Action Damien pour travailler à Goma autour de la tuberculose. Ce poste lui permet de découvrir l’organisation des zones de santé en RD Congo, véritable révélation pour sa future carrière. « Traiter les patients est important, mais il faut aussi s’assurer que les médicaments, le personnel et l’infrastructure soient disponibles », souligne-t-il.

Kivu, un terrain d’apprentissage unique

Pendant près de quinze ans, il parcourt la province du Kivu, visitant parfois des villages sans médecin depuis deux ans. Il combine le soin direct avec l’organisation de services de santé, comprenant que l’efficacité des systèmes repose sur l’intégration des centres de santé, hôpitaux et communautés.

Engagement durable et OMS

Après le génocide rwandais, il rejoint le ministère de la Santé à Kigali, où il s’investit entièrement dans la santé publique à partir de 1997, abandonnant le suivi direct des patients. Ensuite, il rejoint l’OMS à Genève, où il travaille 18 ans sur les systèmes de santé mondiaux, avant de revenir en Belgique pour présider Médecins Sans Vacances (MSV). Il transmet aussi son savoir et accompagne les autres : en tant que professeur de santé publique à l’Université de Liège et intervenant dans plusieurs institutions européennes tel que Paris-Sorbonne.

« Je suis convaincu de la force du partage des connaissances et de l’engagement collectif ».

Leçons tirées de Kivu et de l’Afrique

L’expérience en RDC et au Rwanda l’a convaincu du potentiel des systèmes de santé africains. « Le système de santé congolais est l’un des mieux structurés que j’ai vus », dit-il. Selon lui, la crise ne reflète pas un défaut du système, mais plutôt un contexte politique et sécuritaire difficile. Son message est clair : soutenir les hôpitaux et les professionnels locaux peut relancer ces systèmes dès que la stabilité revient.

Santé des femmes et inégalités persistantes

L’accès aux soins maternels a progressé mais reste inégal : « La mortalité maternelle a été réduite de moitié, mais des disparités persistent entre riches et pauvres, et l’accès aux soins reste un défi pour les femmes dans les zones reculées ». L’enseignement et la formation locale sont essentiels pour renforcer ces capacités.

Innovations et formation

Il croit fermement à l’importance de l’échange de connaissances et de la télé-médecine. Former les professionnels africains sur place et à distance permet de créer autonomie et expertise, sans entraîner de fuite des cerveaux vers l’Europe. Il milite pour des projets durables et inclusifs, où les hôpitaux locaux sont intégrés dans un système de santé cohérent.

Une vision de solidarité mondiale

Pour lui, l’enjeu dépasse la santé : il s’agit de solidarité, respect et coopération internationale. Il encourage les jeunes et les citoyens à s’impliquer, à soutenir la santé mondiale et à comprendre les inégalités. Selon lui, « mieux vivre ensemble, apprendre à partager les ressources et comprendre l’autre, c’est là que réside l’avenir ».

Sa contribution pour Médecins Sans Vacances ?

« Mon fil rouge est simple : mettre mon expertise au service de systèmes de santé plus justes, plus résilients et plus humains. »

Je souhaite renforcer la position de MSV dans le paysage de la santé publique internationale, en développant des liens solides avec d’autres ONG et partenaires présents dans les régions où nous sommes actifs. Face aux défis majeurs de la coopération, ces alliances nous permettront d’amplifier notre impact sur le terrain. Ensemble, on sera plus fort et plus performant.

 

Date de publication : 13.01.25

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