Bénin : Au cœur d’une mission pédiatrie, là où chaque souffle compte

Renforcer les compétences pour donner aux nouveau-nés un meilleur départ dans la vie : À l’Hôpital de Zone Sounon Séro de Nikki, au Bénin, chaque seconde peut compter lorsqu’un nouveau-né est en détresse. Pendant dix jours, trois expert·es-volontaires de Médecins Sans Vacances ont travaillé aux côtés des équipes de pédiatrie, de néonatologie et de maternité. Formations, simulations et accompagnement au lit du patient ont permis de renforcer les compétences face aux urgences néonatales — de la réanimation à la prise en charge de la prématurité, des infections et des détresses respiratoires. Une mission où apprendre signifie surtout faire ensemble, transmettre et donner aux équipes les moyens de poursuivre seules.

Quand chaque seconde peut faire la différence

Dans une salle de naissance, le temps se mesure parfois en secondes. Lorsqu’un nouveau-né peine à respirer, reconnaître rapidement les signes de détresse, disposer du matériel adéquat et maîtriser les bons gestes peuvent changer le cours des premières minutes de vie.À l’Hôpital de Zone Sounon Séro de Nikki, ces situations font partie du quotidien des équipes. Le service de pédiatrie peut accueillir jusqu’à environ 120 enfants hospitalisés, alors que les capacités de surveillance et d’oxygénothérapie restent limitées.

C’est dans cette réalité que Médecins Sans Vacances a mené, du 25 juillet au 8 août 2026, une mission consacrée au renforcement des compétences en pédiatrie et en néonatologie.

Aux côtés des équipes de l’hôpital, les docteurs Hubert Egounlety et Naïma Hammami, pédiatres, et Caroline De Bilde, infirmière, ont partagé leur expérience et accompagné les professionnel·les au plus près de leur pratique.

Apprendre au cœur du service

À Nikki, la formation ne s’est pas arrêtée aux murs d’une salle de cours. Pendant dix jours, les expert·es-volontaires ont travaillé directement avec les équipes et les patient·es.
Six journées de formations théoriques interactives ont permis d’aborder cinq domaines essentiels : l’asphyxie périnatale, les infections néonatales, la prématurité, la réanimation du nouveau-né selon l’approche Helping Babies Breathe (HBB) et l’utilisation de la CPAP, un dispositif permettant de soutenir la respiration des nouveau-nés en détresse respiratoire.
Ces connaissances ont ensuite été mises à l’épreuve par des simulations sur mannequins, des discussions de cas cliniques, la participation aux staffs et des séances de formation « on the job ».
À partir du quatrième jour, les visites conjointes en néonatologie ont permis d’aller encore plus loin. Experts de MSV, pédiatre de l’hôpital et équipe locale ont analysé ensemble les situations rencontrées. Chaque cas devenait ainsi une occasion de questionner les pratiques, d’affiner le raisonnement clinique et de progresser collective

Des gestes répétés jusqu’à devenir des réflexes

La réanimation du nouveau-né a constitué un moment fort de la mission. Grâce aux simulations et aux situations rencontrées en salle d’accouchement, les professionnel·les ont pu répéter les différentes étapes de la prise en charge et renforcer leur maîtrise de la ventilation au ballon-masque.
Mais une réanimation efficace ne repose pas uniquement sur un geste technique. Elle dépend aussi de la préparation et de la coordination. Lorsqu’une naissance présente un risque, les équipes de maternité et de néonatologie doivent pouvoir anticiper, communiquer et disposer immédiatement du matériel nécessaire.
Durant la mission, des situations réelles de réanimation ont ainsi permis aux équipes de mettre directement en pratique les apprentissages. Des nouveau-nés ont également bénéficié d’une prise en charge sous CPAP.

La CPAP : une nouvelle étape pour la prise en charge respiratoire

Pour un nouveau-né confronté à une détresse respiratoire, chaque possibilité de soutien compte. À Nikki, l’utilisation progressive de la CPAP constitue l’un des acquis importants des missions successives de Médecins Sans Vacances.
La mission de 2026 a permis de consolider les connaissances sur les différents modèles de CPAP, leurs indications et contre-indications, leur paramétrage et la surveillance des nouveau-nés.
Mais introduire une nouvelle technologie ne signifie pas simplement apprendre à utiliser une machine. Pour qu’elle devienne une véritable ressource dans les soins, il faut aussi disposer des consommables nécessaires et pouvoir assurer une surveillance adaptée.
Les échanges ont notamment mis en évidence le besoin de renforcer les moyens de surveillance des enfants sous CPAP, avec la recommandation de disposer de saturomètres supplémentaires.

 Au-delà de l’urgence, construire des pratiques durables

La mission ne s’est pas concentrée uniquement sur les détresses respiratoires. La prise en charge de la prématurité, la prévention des infections néonatales et la méthode Mère Kangourou ont également été au cœur de l’accompagnement.
Les missions menées en 2025 et 2026 ont déjà permis d’initier ou de consolider plusieurs pratiques : utilisation progressive de la CPAP, développement de la méthode Mère Kangourou, prévention de l’hypothermie et réanimation néonatale selon l’approche HBB.
L’enjeu est désormais de faire vivre ces acquis au quotidien, bien après le départ des expert·es-volontaires. Pour y parvenir, les équipes sont encouragées à poursuivre les staffs et les visites conjointes, organiser régulièrement des simulations HBB, renforcer la communication entre maternité, néonatologie et pédiatrie et suivre quelques indicateurs clés.

113 actes : apprendre dans la réalité du terrain

La formation s’est déroulée au rythme de l’activité hospitalière. Au cours des dix jours de mission, 113 interventions ou actes ont été documentés, auxquels se sont ajoutées 50 consultations.
Prématurité, asphyxie périnatale, infections néonatales et détresses respiratoires figuraient parmi les situations rencontrées. Les équipes ont également pris en charge des cas pédiatriques tels que l’hypotrophie, l’anémie, la cellulite ou certaines malformations.

Ces situations réelles ont donné tout son sens à la démarche : apprendre au contact des patient·es, réfléchir avec les collègues et renforcer des compétences qui resteront dans l’hôpital après notre départ.

-Dr Naïma Hammami

Ce qui reste après la mission

Une mission de renforcement des capacités ne se mesure pas uniquement au nombre de journées de formation. Son impact se révèle surtout dans ce qui continue lorsque les expert·es sont repartis.
À Nikki, les prochaines étapes sont déjà identifiées : consolider les compétences acquises, poursuivre les simulations, développer la méthode Mère Kangourou, améliorer l’hygiène hospitalière et intégrer progressivement l’utilisation de la CPAP.
L’équipe souhaite également renforcer à l’avenir la prise en charge des urgences et des soins intensifs pédiatriques.
Derrière chaque compétence renforcée, chaque geste répété et chaque pratique améliorée se trouve une même ambition : donner aux équipes de Nikki les moyens d’agir rapidement et efficacement lorsqu’un nouveau-né ou un enfant est en danger.
Et parfois, tout commence par quelque chose de simple, de fragile et d’essentiel : un premier souffle.


Avec le soutien de : Coopération belge au développement » – Programme Health4All 2022–2026.


Texte : Dr Ignace TOKPANOUDE – Alexandra Guillot
Date de publication : 18.09.2026

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